Renversée, Bouleversée, Emmerdée honnêtement
Je ne sais pas. Ce que je vis c’est bizarre.
C’est comme revenir dans un quartier avec lequel tu es familier et découvrir qu’il y a un nouvel immeuble de 40 étages. Avec écris dessus en relief « privilèges ».
Tout ce que je faisais avant, ça a maintenant une signification complètement différente. Tout ce qui me paraissait bizarre, incompréhensible, est tout d’un coup simple. Tout ce qui me semblait facile à comprendre est parfaitement illisible.
Bon, je pourrais y aller des heures avec les paradoxes et oxymores, et métaphores à la con (et aussi les listes de trois trucs).
Pour revenir aux privilèges.
Tout d’un coup je comprends mieux. Ce qui me faisait peur, c’est de perdre ces putains de privilèges.
Et moi qui me croyais bien de gauche, et sensible à ce genre de questions, je remarque pour la première fois ce que « privilège » veut dire. Avec évidement le privilège de pouvoir choisir de les abandonner ou non.
À quoi bon tenir à ces privilèges si la condition pour les garder est de bouffer du muesli comme seul nutriment, vivre dans un monde gris et chiant, où il est impossible de pratiquer la chose la plus humaine qui soit, se connecter, partager.
Et surtout, si la condition à la participation est de participer à l’oppression, qu’ils aillent se faire foutre. Genre, quinze fois. Qu’ils aillent bouffer le putain de muesli eux-mêmes, on est gavé.
Ensuite, il y a d’autres mots comme ça. La solidarité, la convivialité. Des mots qui me font rêver. C’est quelque chose que je n’ai jamais atteint. Je ne les comprends pas, je ne les ai jamais vécus.
Je me sens tellement seule. Les seules relations que j’ai sont de nature… quoi ? Professionnel ? Associatif ? Je n’y comprends rien. Je n’ai jamais parlé de mes difficultés personnelles de façon claire toujours à protéger le noyau. À force d’isolation, le noyau devient froid. Ou peut-être est-ce le contraire : Il surchauffe au point de bientôt fondre et contaminer toute la région.
De quoi parler ? Tout ce à quoi je m’intéresse, tout le monde s’en fout. Tout ce que à quoi tout le monde s’intéresse, je m’en tape. Et puis de toute manière ce n’est pas pertinent. Je trouve un groupe de gens qui ont un intérêt commun (l’organizing, la gauche ! Rust, la tech responsable) mais ça n’a pas d’importance. C’est certes agréable de discuter de choses qu’on connaît en commun, mais j’ai un besoin plus profond qui n’est pas de même nature.
Avais-je envie avant de m’ouvrir ou pas ? En tout cas aujourd’hui je ressens le besoin irrémédiable de me confier. Mais je fais face à un désert. Ou pas ? Le délire il est là. Est-ce que mes relations sont prêtes à accepter de m’écouter ? Est-ce que je ne risque pas de les aliéner ?
Je ne suis sûrement pas seule. Peut-être que la personne assise à côté de moi dans le tram vit la même chose. Peut-être que mon ami le plus proche n’attend que d’oser faire le pas.
C’est parfaitement illisible. Le fais que je me cache, en sois me rend sournois, et rend le monde plus difficile à comprendre. Est-ce qu’ils se cachent eux aussi ? Est-ce qu’ils sont honnêtes ? Est-ce qu’ils m’évitent, car ils identifient le subterfuge ?